L’élève et la leçon ( Malek Haddad)

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 » Poète, mon ami

Il y aura toujours dans mon stylo

Une goutte de merveille. »

  • Le silence n’est pas un suicide…Je crois aux positions extrêmes. J’ai décidé de me taire. Je n’éprouve aucun regret, ni aucune amertume à poser mon stylo.

 

  • Ils aimaient le beau temps qui fait sortir les fleurs en mal de mai

 

  • Les gens se connaissent pour la simple raison qu’ils se savaient algériens. C’est le seul miracle d’une guerre que la réalisation d’un dénominateur commun: la Patrie…Ou pus exactement le pays. Les veillées sont plus chaudes lorsque l’hiver menace. Rien ne vaut un orphelinat pour raconter la nostalgie des familles. Le bonheur est un accident

 

  • Le maçon sifflote un refrain en construisant une maison qu’il n’habitera probablement jamais. J’ai vu dans la lumière blanche des Hauts-Plateaux algériens des fellahs moissonner. Ils chantaient. Et pourtant leur galette sera noire. Par la France le prolo qui s’en va chez Renault n’achètera pas de brioche dans des pâtisseries rutilantes. Ces brioches qui ne se souviennent pas de la galette noire.

 

  • Où se trouve « ailleurs »? J’imagine un pays de félicité. Un pays de romarin tranquille Un pays où la peur n’existe pas. Un conte de fées avec le jardinier amoureux de salades et des épiciers devant une balance plus juste que la justice

 

  • Ce qu’il me reste à vivre appartient à Germaine. Le petit matin peut tricoter son amertume. J’aime Germaine. La guerre, la paix, le bon Dieu ou le diable, j’aime Germaine. L’automne, le printemps, j’aime Germaine. Lorsque j’avais six mois, j’aimais Germaine. Je n’étais pas encore né que je l’aimais. J’existe depuis que je l’aime. Et si je suis ridicule comme un nouveau-né.

 

– Cette étudiante, cet étudiant se débattaient avec le calendrier de l’ère occidental. Juillet qui ne dit plus les moissons amoureuses mais un débarquement du côté de 1830 aux environs d’Alger. Novembre qui ne dit plus Tipaza rayonnante, la douceur revenue au sommet d’Akfadou, mais la rage et le sang. Pour l’étudiante, pour l’étudiant, chaque jour était un anniversaire. Il n’y avait plus de jours fériés en ce temps-là.

  • Que les mots soient foutus je le conçois. Mais qu’ils deviennent méchants m’épouvante.

 

 

 

 

  « L’élève et la leçon » est le troisième roman du poète Malek Haddad.  Oui, poète d’abord. Romancier après. Ceci est d’autant plus vrai, que l’amoureux éternel de Constantine ne peut se passer de l’ivresse d’un vers. Et c’est bien là une touche originale dans l’éventail des belle-lettres algériennes.  Tout comme Kateb Yacine, son œuvre est un long poème fragmenté, ceci étant un peu plus dominant  peut-être que dans l’œuvre katébienne…Un genre exquis où le vers et la prose s’envoient en l’air constamment. On peut oser parler d’écriture haddadienne.

La trame du récit est un long soliloque, voire une douloureuse introspection de Idir Salah, le personnage principal du roman.

Idir Salah est un médecin Algérien exerçant en France coloniale.  Que Malek Haddad lui endosse le rôle de l’Algérien qui a cru à  l’assimilation  par l’instruction pour s’élever au statut du maître. Un  « Fouroulou » devenu médecin.

Le statut de chirurgien lui donne un certain prestige et une situation matérielle confortable, lui dont le père a trimé pour que son fils s’instruise.

Ses rapports sociaux avec ses amis français sont tout juste « courtois » ,à l’instar du chirurgien Coste qu’il accompagne dans la mort. Cette courtoisie masque cet inconscient colonial qui habite Monsieur et madame Coste et Germaine. Germaine dont il est pour toujours amoureux. Germaine qui l’aime mais qui a refusé sa main, lui préférant un français. Et ce déni de Idir à croire que c’est à cause de l’humidité du canal,  en est révélateur.

Son monologue-fleuve est par moment brutalement interrompu par sa fougueuse fille Fadila, venant lui exiger son aide pour avorter de l’enfant qu’elle porte et qu’elle refuse de garder dans cet atmosphère de guerre sans pitié.

Avec Omar son amoureux, Fadila incarne l’éveil de conscience d’une  jeunesse algérienne post-8 mai 45, engagée pleinement dans la lutte pour la libération nationale.

L’échange tendu entre le père et la fille illustre parfaitement cette déstructuration de la famille algérienne par le colonialisme français, une structure de coutume quasiment monolithique et homogène, comme l’analysait Fanon. Sa fille lui parle sur un ton, tantôt sec, tantôt agressif, jamais bienveillant. Un ton de reproche au final, celui de sa tiédeur, et surtout de sa lâcheté. Avec Omar, elle est en rupture avec le patriarche car totalement engagée dans le processus de libération.

De son côté Idir se surprend à détester de voire sa fille fumer et encore plus de fumer devant lui, et s’étonne de constater que la coercition des traditions s’exerce encore sur lui.

Fadila illustre la fille algérienne qui n’est plus cachée derrière le garçon, opérant ainsi un saut qualitatif : le statut de femme pour le mariage disparait et laisse  place à la femme de l’action militante.

Le père écoute douloureusement sa fille de moins en moins virulente ; dont les mots secouent, et les maux ébranlent, jusqu’à ce que les digues éclatent, il se sent inondé de souvenirs longtemps refoulés,  notamment cette hideuse  image  au douar Ben Youssfi de centaines d’algériens atteints de typhus sous le mépris effroyable du cadi auquel il ne s’adresse  par principe qu’en français, ne souhaitant partager avec lui la fraternelle solidarité qui naît d’une langue commune.

Plus la nuit avance à écouter sa fille, plus il se sent moins séparé de l’Algérie par la méditerranée que par la culture française, paraphrasant Malek Haddad.

Il émerge. Il entre dans la lutte. Il tient tête à sa fille.

Cet enfant naîtra !  Car cet enfant c’est l’Algérie de demain.

Il prend conscience que  « Le jour pour devenir matin Sacrifiait ses journées »

Du corps inanimé de Coste, le spectre de son petit fils apparait, métamorphose de l’accouchement à partir du chaos d’une Algérie libérée.

……Une délectation ce petit bijou que nous a légué Malek Haddad.

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Les Tamiseurs de sable (Aurès-Nememcha 1954-1959) Par Mohamed-Larbi Madaci (édition Anep 2001)

Un livre-scoop !

Sans langue de bois,  loin du « politiquement correct », ce livre à dimension historique, brise tous les tabous:

En déconstruisant le mythe autour de la réussite armée du 1er novembre 1954.

En brisant l’image idéalisée des héros de la guerre de libération nationale, qu’on nous a trop servie pour les besoins de la propagande de l’Algérie officielle.

On peut dire que ce livre a beaucoup de recul ! Il était temps.

Ce n’est pas qu’il dénigre ces moudjahidine, qui se sont révélés héroïques au combat, mais il les restaure dans leur pleine dimension d’homme à la croisée de leur destin.

Mohamed-Larbi Madaci, n’est pas du tout historien, il insiste sur ce fait. Il est médecin. Voilà des dizaines d’années qu’il est allé à la pêche aux témoignages en multipliant les entrevues avec plusieurs acteurs principaux de l’insurrection auréssienne, notamment  le plus énigmatique d’entre eux, Adjal Adjoul, bras droit de Mostefa Ben Boulaid.

Dans un récit passionnant, il va nous livrer les dessous intrigants de l’insurrection de la wilaya I, toute propension gardée. Il confie qu’il a procédé au tri des informations, et nous a présenté que celles qu’il a pu vérifiées.

Ainsi, pendant que messalistes et centristes polémiquaient, autour d’une table, sur les moyens de lutte, dont la lutte armée faisait débat. Les chaouis, eux,  menés par leur chef  Si Mostefa, prônèrent la rupture et s’en allèrent créer un Front à l’Est, déterminé à déclencher la lutte armée.

L’expression proverbiale, que le chaoui à sa dignité au bout son fusil, prend tout son sens.

Mostefa Ben Boulaid, acquis totalement aux idées révolutionnaires du PPA-MTLD, commence a organisé son armée pour lancer une véritable insurrection militaire. La date est arrêtée : ça sera pour le 1er novembre. La tâche s’annonce ardue, il en est conscient, surtout avec les moyens rudimentaires dont il dispose, mais la volonté inébranlable d’en découdre avec le colonialisme français suffit à tout :

« Les enfants, nous allons commencer la guerre de Libération. Notre combat, c’est la lutte du faible contre le fort. Notre force réside dans notre foi, dans la liaison entre les groupes, même éloignés les uns des autres. Le sang versé est, lui aussi, facteur d’unité »

Mais il se heurtera tout au long du combat, au tribalisme invétéré des chaoui. En leader supra-national, il essaiera d’en venir à bout, en donnant lui-même l’exemple : il écartera son frère Omar, qu’il juge indigne, des rangs de l’ALN, comme il s’entourera délibérément, pour le seconder, de deux hommes, dont l’autorité sera, quoiqu’il en soit, toujours contestée par les chaoui : Adjal Adjoul, issue d’une tribu arabophone qui entretient des relations hostiles avec les touaba (tribu dominante dont est issu Ben Boulaid), et de Chihani, un gars de khroub, complètement étranger à la région, dont les qualités organisationnels d’architecte, convainquirent Si Mostefa.

Cet esprit tribal est tellement puissant, que Si Mostefa devra faire souvent des concessions. On verra qu’il sera obligé d’être indulgent avec des harkis, pour éviter de raviver le tribalisme, contenu,  au sein de son armée.

Adjal Adjoul confie à l’auteur comment a été organisé dans la hâte le 1er novembre, les difficultés de trouver l’armement suffisant. Seule la détermination de tous l’emportera face aux écueils rencontrés…

C’était un flop total, révèle-t-il, contrairement à ce qu’on raconte. Toutes les actions militaires lancées échouèrent. Il incrimine le manque de discipline des djounoud inexpérimentés, et surtout la résurgence de l’esprit tribal au cœur même de l’action, amenant à des manœuvres de sape. Ce qui fera prendre conscience à Si Mostefa de l’importance du volet éducationnel pour élever les consciences des djoundi et rallier à la cause les masses populaires.

Ce 1ER novembre n’aura de succès que dans sa  symbolique.

Un autre aspect passionnant du récit, est la complexité des personnages : Héroïques au combat, comme au cours de la bataille de Djeurf. Ils seront, impitoyables dans la course au pouvoir, à l’instar de Adjal Adjoul, un personnage narcissique qui usera de manipulations machiavéliques pour s’enquérir du pouvoir qu’il conteste, même à Si Mostefa.

Le passage mettant en évidence les deux communistes, Laid Lamrani et son camarade français, venus réclamer à Mostefa Ben Boulaid l’autorisation d’organiser un maquis dans la wilaya I sous la bannière du PCA est un grand moment de confrontation politique :

(…) L’avocat communiste parle beaucoup. Il se dit capable d’organiser un maquis contre la France, sous l’égide du parti communiste algérien. Au début écouté, il voit son audience fondre comme une boule de neige. Il est peu à peu isolé et les chefs l’évitent. On rapporte à Adjoul qu’il a dessiné sur le sol, à l’aide de pierres, une faucille et un marteau. Adjoul l’interpelle, lui interdit de refaire pareils dessins :
– Si la France arrive jusqu’ici, elle va s’imagine que la Révolution est l’œuvre du parti communiste.
Lamrani sourit :
– Quel mal y aurait-il à cela ? Moi-même, j’ai combattu l’ordre colonial depuis mon plus jeune âge.
Ce n’est pas du goût de Adjoul qui rend immédiatement compte à Mostefa.
Ce dernier, vexé, conscient du danger, et tout à coup pressé d’en finir, exige de Lamrani qu’il abjure formellement le parti communiste et qu’il intègre le FLN, « puisque le Front englobe tous les partis politiques ». Lamrani décline l’offre, avance avec chaleur des justifications, parle de la similitude des combats :
– Si Mostefa, le FLN et le PCA sont engagés sur la même voie, côte à côte. Le FLN a besoin d’appuis, en Algérie et dehors. Nous pouvons lui fournir et faciliter sa tâche. Tu sais que je suis venu ici proposer mes services de mon propre chef. Je te jure que je n’ai même pas averti mon comité central.
Mostefa rit :
– Alors, tu as agi comme un aventurier. Comme moi, comme tous les partisans, ainsi que l’ont affirmé les communistes d’Alger !
Le compagnon de Lamrani, le Français, proteste :
– Ce n’est qu’un malentendu. Les camarades d’Alger ne voient pas ce qui se passe ici.
– Si Mostefa, ne tombe pas dans le piège des provocateurs, reprend Lamrani, le combat pour l’indépendance a besoin de tous les patriotes, et le PCA en rassemble autant que le FLN.
Mostefa demande :
– De quel PCA parles-tu ? Celui des colons ?
Lamrani cite des noms de communistes algériens. Mostefa interroge :
– Où sont-ils ?
– Il ne tient qu’à toi pour qu’ils rejoignent le maquis, Si Mostefa.
– Bon d’accord, mais sous la bannière du Front.
– Si Mostefa, le Front comporte des contradictions à la base. Un bourgeois ne se bat pas comme un ouvrier ou un paysan. C’est un possédant. La lutte des classes éludée pendant la guerre reprendra aussitôt l’ennemi vaincu.
Adjoul interrompt en riant :
– Mon père possède quelques hectares à Zéribet el Oued, quelques palmiers et quelques jarres de dehane, donc c’est un bourgeois.
Mostefa sourit. Lamrani aussi.
– Si Adjoul, je ne parle pas de toi. Le parti communiste est expérimenté dans la manipulation des masses. Il peut éviter au Front beaucoup d’erreurs. De plus, pas loin d’ici, nous avons des camarades qui ont fait la guerre d’Espagne. Ils peuvent aider.
Lamrani prêche dans le désert, ses théories marxistes ne rencontrent aucun écho chez les militants nationalistes. Mostefa, Adjoul, Chihani un peu moins, ne s’embarrassent pas d’idées compliquées ou trop intellectuelles.
Ils auraient tendance à s’en méfier. Mostefa déclare :
– Nous combattons avec l’aide de Dieu. Nous sommes croyants et avec Son aide, nous chasserons l’occupant. Après, nous verrons. Chaque chose en son temps.
Adjoul me dit que l’agacement de Mostefa grandissait à vue d’œil. Lamrani, aussi acéré qu’une lame de rasoir, luttait pied à pied. Connaissant l’inaptitude de Adjoul à comprendre le français, il s’exprimait en arabe :
– Si Mostefa, n’oublie pas que le PCA fait partie d’une famille révolutionnaire internationale et puissante, qui a l’expérience des combats contre l’impérialisme.
Mostefa n’aime pas ce ton paternaliste.
Adjoul raconte :
– Il a explosé !: « Le Front rassemble tous les partis, y compris le MTLD et le CRUA. Pourquoi pas le PCA ? ». Lamrani a répondu sur un ton critique : « Ce n’est pas la même chose. Le PCA est le parti des ouvriers, victimes de l’exploitation coloniale. Il est contre la discrimination raciale ou religieuse. Il est pour l’égalité. Et surtout, Si Mostefa, il a des députés à l’Assemblée à Paris. Il a son mot à dire dans l’élaboration des textes et des décisions du gouvernement. Par ce biais, il peut rendre des services à la cause algérienne, non pas en ce mettant hors la loi ou en se fondant dans le FLN. Nous n’encourageons pas les actes individuels de desperados qui ne feraient qu’entraîner la division des travailleurs. Nous privilégions la lutte politique parce que, à la violence, l’armée coloniale répondra par la détention des patriotes. Si Mostefa, à quoi aboutira la violence ? On ne doit pas remplacer un cheval borne par un cheval aveugle. »
Mostefa blêmit. Il se lève, imité par Adjoul, regarde Lamrani, plus maigre que jamais, très coq de combat, têtu jusqu’à l’absurde.
– Regardez autour de vous ! Ces douars bombardés, rasés par les avions français, ces hommes tués ou déracinés, qu’est-ce que c’est d’après vous ? La vérité est que nous n’appartenons pas au même monde. Le PCA est dépassé, démodé. Vous êtes à contre courant de l’Histoire. Encore une fois, si vous voulez vous joindre à nous, vous êtes les bienvenus sous étiquette FLN. »

Tous les témoins, diront unaniment, qu’ils finiront assassinés sous l’ordre de Si Mostefa, invoquant la raison de l’intégrité de la révolution.

 

Ce récit nous tient en souffle constamment, dés les premières pages de l’Histoire avec les préparatifs cahoteuses du déclenchement du 1er novembre, en passant par l’incarcération de Ben Boulaid, responsable de la résurgence du tribalisme. Puis sa mort douteuse.En effet, plusieurs témoins soupçonnent Adjal Adjoul qui, assoiffé de pouvoir,  aurait aussi, après avoir manipulé l’armée pour acquérir son consentement, liquidé Chihani, le remplaçant de Si Mostefa pendant son emprisonnement.

Il est aussi question du congrès de la Soummam qui contestera à Omar le leadership de la wilya I : ce dernier s’est emparé du pouvoir après la mort de son frère, en imposant sa légitimité sur la base de sa filiation. Ce qui a motivé le CCE a  envoyé le colonel Amirouche dans la région, pour faire un état des lieux. Mais ce dernier ignorant les spécificités de la région sera stratégiquement manipulé…

Enfin, pour terminer avec la décevante  reddition de Adjal Adjoul, qui menacé de mort par les troupes de Omar Ben Boulaid et son ennemi de toujours Ben Aissa, fera allégeance à l’armée française.

Game Of thrones, c’est du pipi de chat à coté. Non, Vraiment. A déguster sans modération

 

Signé #ElKebch

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Les Tamiseurs de sable (citations)

Mostefa Ben Boulaid:

  • Nous devons obliger les centralistes et les messalistes à s’unir dans l’action en créant un front de l’est Constantinois.
  • A partir de maintenant, nous n’assisterons plus à aucune réunion. Nous ne compterons que sur nous-mêmes.
  • L’insurrection sera l’oeuvre de l’armée de Libération nationale.Sa finalité sera une Algérie indépendante, républicaine, de langue arabe et de religion musulmane. Ce n’est pas une guerre sainte. Elle durera plusieurs années.La France nous proposera l’autonomie interne, elle sera refusée.
  • Les enfants, nous allons commencer la guerre de Libération.Notre combat , c’est la lutte du faible contre le fort.Notre force réside dans notre foi, dans la liaison entre les groupes, même éloignés les uns des autres. Le sang versé est, lui aussi, facteur d’unité.  Il nous faut forcer l’ennemi à nous attaquer, alors, nous le frappons sans nous exposer.Si le repli est impossible, il faut savoir mourir dans l’honneur. L’ennemi est retors. Il ne fait jamais lui faire confiance! Si vous trouver un stylo ou un bonbon, méfiez-vous! Ils peuvent cacher une bombe ou être minés.
  • L’armée de Libération, et pareille à une maison. Quand un de ses murs s’effondre, c’est tout l’édifice qui s’écroule. La sécurité de tous dépends de la vigilance de chacun.
  • Adjoul, tu es mon fils.Fais attention! Chihani est mort en martyr, même s’il a été tué par ses compagnons.
  • A propos de la question: Pourquoi le PCA n’a pu rallié les militants nationalistes? Un court échange entre l’Avocat communiste Lamrani et Si Mosetafa ben Boulaid ( In Les tamiseurs de sable, Aurès-Nememcha 1954-1959 par Mohamed-Larbi Madaci, pages 228 à 231, chapitre Mort des deux communistes) :

    (…) L’avocat communiste parle beaucoup. Il se dit capable d’organiser un maquis contre la France, sous l’égide du parti communiste algérien. Au début écouté, il voit son audience fondre comme une boule de neige. Il est peu à peu isolé et les chefs l’évitent. On rapporte à Adjoul qu’il a dessiné sur le sol, à l’aide de pierres, une faucille et un marteau. Adjoul l’interpelle, lui interdit de refaire pareils dessins :
    – Si la France arrive jusqu’ici, elle va s’imagine que la Révolution est l’œuvre du parti communiste.
    Lamrani sourit :
    – Quel mal y aurait-il à cela ? Moi-même, j’ai combattu l’ordre colonial depuis mon plus jeune âge.
    Ce n’est pas du goût de Adjoul qui rend immédiatement compte à Mostefa.
    Ce dernier, vexé, conscient du danger, et tout à coup pressé d’en finir, exige de Lamrani qu’il abjure formellement le parti communiste et qu’il intègre le FLN, « puisque le Front englobe tous les partis politiques ». Lamrani décline l’offre, avance avec chaleur des justifications, parle de la similitude des combats :
    – Si Mostefa, le FLN et le PCA sont engagés sur la même voie, côte à côte. Le FLN a besoin d’appuis, en Algérie et dehors. Nous pouvons lui fournir et faciliter sa tâche. Tu sais que je suis venu ici proposer mes services de mon propre chef. Je te jure que je n’ai même pas averti mon comité central.
    Mostefa rit :
    – Alors, tu as agi comme un aventurier. Comme moi, comme tous les partisans, ainsi que l’ont affirmé les communistes d’Alger !
    Le compagnon de Lamrani, le Français, proteste :
    – Ce n’est qu’un malentendu. Les camarades d’Alger ne voient pas ce qui se passe ici.
    – Si Mostefa, ne tombe pas dans le piège des provocateurs, reprend Lamrani, le combat pour l’indépendance a besoin de tous les patriotes, et le PCA en rassemble autant que le FLN.
    Mostefa demande :
    – De quel PCA parles-tu ? Celui des colons ?
    Lamrani cite des noms de communistes algériens. Mostefa interroge :
    – Où sont-ils ?
    – Il ne tient qu’à toi pour qu’ils rejoignent le maquis, Si Mostefa.
    – Bon d’accord, mais sous la bannière du Front.
    – Si Mostefa, le Front comporte des contradictions à la base. Un bourgeois ne se bat pas comme un ouvrier ou un paysan. C’est un possédant. La lutte des classes éludée pendant la guerre reprendra aussitôt l’ennemi vaincu.
    Adjoul interrompt en riant :
    – Mon père possède quelques hectares à Zéribet el Oued, quelques palmiers et quelques jarres de dehane, donc c’est un bourgeois.
    Mostefa sourit. Lamrani aussi.
    – Si Adjoul, je ne parle pas de toi. Le parti communiste est expérimenté dans la manipulation des masses. Il peut éviter au Front beaucoup d’erreurs. De plus, pas loin d’ici, nous avons des camarades qui ont fait la guerre d’Espagne. Ils peuvent aider.
    Lamrani prêche dans le désert, ses théories marxistes ne rencontrent aucun écho chez les militants nationalistes. Mostefa, Adjoul, Chihani un peu moins, ne s’embarrassent pas d’idées compliquées ou trop intellectuelles.
    Ils auraient tendance à s’en méfier. Mostefa déclare :
    – Nous combattons avec l’aide de Dieu. Nous sommes croyants et avec Son aide, nous chasserons l’occupant. Après, nous verrons. Chaque chose en son temps.
    Adjoul me dit que l’agacement de Mostefa grandissait à vue d’œil. Lamrani, aussi acéré qu’une lame de rasoir, luttait pied à pied. Connaissant l’inaptitude de Adjoul à comprendre le français, il s’exprimait en arabe :
    – Si Mostefa, n’oublie pas que le PCA fait partie d’une famille révolutionnaire internationale et puissante, qui a l’expérience des combats contre l’impérialisme.
    Mostefa n’aime pas ce ton paternaliste.
    Adjoul raconte :
    – Il a explosé !: « Le Front rassemble tous les partis, y compris le MTLD et le CRUA. Pourquoi pas le PCA ? ». Lamrani a répondu sur un ton critique : « Ce n’est pas la même chose. Le PCA est le parti des ouvriers, victimes de l’exploitation coloniale. Il est contre la discrimination racial ou religieuse. Il est pour l’égalité. Et surtout, Si Mostefa, il a des députés à l’Assemblée à Paris. Il a son mot à dire dans l’élaboration des textes et des décisions du gouvernement. Par ce biais, il peut rendre des services à la cause algérienne, non pas en ce mettant hors la loi ou en se fondant dans le FLN. Nous n’encourageons pas les actes individuels de desperados qui ne feraient qu’entraîner la division des travailleurs. Nous privilégions la lutte politique parce que, à la violence, l’armée coloniale répondra par la détention des patriotes. Si Mostefa, à quoi aboutira la violence ? On ne doit pas remplacer un cheval borne par un cheval aveugle. »
    Mostefa blêmit. Il se lève, imité par Adjoul, regarde Lamrani, plus maigre que jamais, très coq de combat, têtu jusqu’à l’absurde.
    – Regardez autour de vous ! Ces douars bombardés, rasés par les avions français, ces hommes tués ou déracinés, qu’est-ce que c’est d’après vous ? La vérité est que nous n’appartenons pas au même monde. Le PCA est dépassé, démodé. Vous êtes à contre courant de l’Histoire. Encore une fois, si vous voulez vous joindre à nous, vous êtes les bienvenus sous étiquette FLN. (…)téléchargement

Alexis Zorba [Nikos Kazantzaki]

« L’hiver nous ratatine le corps et l’âme, mais voici venir la chaleur qui nous dilate la poitrine. Comme j’avançais, j’entendis soudain de rauques croassements dans les airs. Je levai la tête et vis le merveilleux spectacle qui toujours depuis mon enfance m’a bouleversé: les grues, rangées comme une armée en ordre de bataille, revenant des pays chauds et, comme le veut la légende, portant les hirondelles sur leurs ailes et dans les creux profonds de leurs corps osseux. »

 

« Mais, je le sens bien, grâce à Zorba, Bouddha sera le dernier puits, le dernier mot-précipice et je serai enfin délivré pour toujours. Pour toujours? C’est ce qu’on dit à chaque fois.

Je le levai d’un bond. Des pieds à la tête, j’étais heureux. Je me déshabillai et m’élançai dans la mer. Les vagues joyeuses folâtraient, je folâtrais avec elles. Quand, enfin, fatigué, je sortis de l’eau, je me laissai sécher au vent de la nuit, puis me remis en route à longues foulées légères avec la sensation d’avoir échappé à un grand danger et de m’être plus étroitement que jamais agrippé à la mamelle de la Terre. »

 

« – Moi, je n’ai pas beaucoup d’instructions, mais une fois j’ai entendu à l’église quelque chose que le Christ a dit C’est resté gravé dans ma tête et je ne l’oublie pas: « Vends, qu’il a dit, vends tout ce que tu possèdes pour acheter la Grande Perle.

La Grande Perle! Combien de fois  n’a-t-elle pas brillé dans mon esprit, au milieu des ténèbres, pareille à une grosse larme? »

 

 

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